Oscar Temaru "l’horizon que nous nous fixons, c’est donc l’indépendance."
Photo Tahitipresse.fr
Lors de l’ouverture des Etats généraux de la polynésie française, le président Oscar Temaru affirme une nouvelle fois son désire d’indépendance,il precise que l’indépendance ne signifie pas "rupture, ou autarcie régressive, ou repli sur soi".Ainsi compte sur une volonté politique française d’accompagner la polynesie dans sa démarche. Volonté actuellement absente.
Vendredi dernier, à l’assemblée de polynesie Temaru suscité la polémique en affirmant vouloir changé le nom de « polynésie française » en « Ma'ohi Nui ».
Voici le texte intégral de Allocution d’ouverture d’Oscar Temaru lors des Etats Généraux de la Polynésie française
Monsieur le Haut commissaire de la République,
Messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les représentants de l’APF,
Mesdames et messieurs,
Ia orana, bonjour à tous,
Quel est ce peuple qui pourrait avancer, à tâtons, sans avoir de cap, d’objectif clair ? Quelle est
cette pirogue double où chaque rameur pagaie à un rythme différent, en prenant des amers qu’il
ne partage pas avec ses compagnons de voyage ?
Quel est le projet commun des Polynésiens, aujourd’hui ?
On ne peut pas faire l’économie de cette question. C’est le préalable de ces Etats généraux, c’est
la toile de fond, sans laquelle même le peintre le plus génial se trouverait incapable de créer…
La palette des couleurs mises à notre disposition est infinie : il n’y a aucun sujet tabou… ce sont
les mots du Président de la République, Nicolas Sarkozy.
Et si certains pensent qu’un peuple peut avancer sans savoir comment il se nomme, s’ils pensent
que la question de la dénomination d’un Pays est secondaire, c’est qu’ils oublient de placer
l’Homme au centre de leurs réflexions.
La Polynésie française, le peuple Polynésien ne se résument pas à des mécanismes économiques
froids, à des cadres institutionnels dénués d’âme.
Les pieds bien ancrés dans son histoire, dans sa culture. Les bras et les yeux tournés vers son
avenir, le Polynésien, le Ma’ohi échappe aux poncifs réducteurs.
Il n’est pas enfermé dans les limites étriquées d’un nom de famille. Son attachement à ce Pays,
et son désir d’être partie prenante de son destin ne se mesure pas à la phonétique de son
patronyme ou à la couleur de sa peau ou de ses yeux.
Alors si vous me demandez :
« Quel est le cap ? Quelle est la direction de ces Etats généraux ? » …
Je vais vous parler d’indépendance …
Qu’y a-t-il de choquant à cela ? Ne sommes nous pas des adultes, capables de discuter entre
adultes ? Sommes-nous encore timorés au point de nous autocensurer sur cette notion évidente
pour tous les politologues sérieux ?
L'indépendance n'est pas un état de choses. C'est un devoir. Mais l'indépendance, ce n'est pas
une récompense, c'est une responsabilité.
Responsabilité avant tout pour nous, élus, dirigeants, citoyens Polynésiens, Ma’ohi.
Nous ne pouvons continuer de nous projeter dans un avenir sous éternelle perfusion.
Le mirage d’une éternelle croissance portée par une mondialisation triomphante s’est estompé.
C’est avant tout en nous-mêmes qu’il nous faut chercher des solutions.
L’époque du déni de soi, de l’oubli systématique de nos valeurs propres, de l’héritage culturel
ma’ohi, au nom du « progrès » n’a aucun sens.
Mais si nous n’aspirons pas, à une pleine autonomie, à une souveraineté, à une indépendance,
quel progrès pourrions-nous réaliser ? On ne peut avancer en sautillant sur place…
Responsabilité aussi, pour l’Etat, pour la France. Notre partenaire historique, autrefois
puissance colonisatrice, et aujourd’hui, je veux le croire, puissance accompagnatrice …
C’est ce que j’ai ressenti, de mes contacts avec le Président Sarkozy, et avec le ministre de
l’outre-mer.
Je n’imagine pas le Président Sarkozy accepter la tenue de ces Etats généraux, si ce n’est pour
redéfinir, sans tabou, le futur commun, mais rénové de la France, et de la Polynésie, Tahiti nui,
Maohi nui …
La résolution 1514 de l’ONU, pour déterminante qu’elle soit n’est que la formalisation au
plus niveau d’une évidence universelle.
Nous posons-nous la question de savoir si l’eau de pluie rejoint les rivières, puis les fleuves,
pour au final atteindre la mer ?
Nous offusquons-nous, parents, que nos enfants grandissent et finissent par voler de leurs
propres ailes ?
L’évolution naturelle d’un peuple c’est la liberté d’assumer pleinement son devenir et ses
responsabilités. Et qu’on n’agite plus devant nous des spectres obsolètes.
Indépendance ne veut pas dire rupture, autarcie régressive, ou repli sur soi… De Gaulle
était indépendantiste, Dieu merci pour la France …
C’est pourquoi, sans imposer quoique ce soit, je pense que chacun devrait aborder ces Etats
généraux avec cette indépendance d’esprit qui précède l’action. Nous ne sommes pas là
aujourd’hui pour simplement reconduire des schémas passés, je dirai même dépassés.
Nous sommes là, pour imaginer, ensemble, notre destin.
Tibet, Kanaky, Palestine, Ma’ohi nui … Il est du devoir des grandes Nations d’accompagner ces
peuples vers leur dignité et leur liberté.
l’horizon que nous nous fixons, c’est donc l’indépendance. Voilà la destination.
Les Etats généraux, et ce qui va en découler, c’est, pour tout un peuple, l’organisation commune
de ce périple.
Stevenson disait : « L’important ce n’est pas la destination, c’est le voyage ».
C’est ce voyage, sans tabou, sans déni de soi, mais avec toujours le respect de l’autre dans le
coeur que je vous invite à partager avec nous, au travers de ces Etats généraux de la Polynésie
française.
Mauruuru, te aroha ia rahi.
Oscar, Manutahi TEMARU
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